Editorial

EdouardHabrant1015« J’ai marché comme j’ai pu, par des chemins raboteux,
sous la clarté redoutable du paradis » Alain

Quelles pensées habitaient Pierre Brossolette le 22 mars 1944 lorsqu’il se jeta d’un immeuble de l’avenue Foch, sacrifiant ainsi sa vie plutôt que livrer ses secrets ?

Au-delà des souffrances terribles infligées par la Gestapo, quels sont les ressorts d’un tel courage ?

La question est d’importance, car toutes les valeurs, tous les principes et toutes les vertus sont voués à la vacuité et à l’inanité, s’ils ne sont pas portés par le courage.

En cette année d’élection présidentielle, il n’est peut-être pas vain de suggérer que l’une des premières qualités attendues d’un responsable politique consiste précisément à faire preuve de courage.

Peut-être opportun de souffler l’existence d’un lien de cause à effet entre la tragédie subie par les habitants d’Alep et le manque de courage, ici ou là, de certains responsables, toutes couleurs politiques confondues.

Mais il existe d’autres formes de courage, aux expressions plus quotidiennes, voire prosaïques.

Le courage de procéder à l’examen des choses et de pratiquer le doute, par lequel ma propre pensée se met à distance, et me jette hors de moi.

Le courage de résister au cortège des marchands de pensée et d’entrevoir que la vérité est principalement dans la tension de la volonté qui la cherche.

Le courage de cesser de dire « on n’y peut rien », car cette expression contient une grande part de la faute, si ce n’est la totalité.

Le courage de déceler dans l’amour une forme d’engagement, si ce n’est de serment : celui de découvrir en l’objet aimé de nouvelles perfections et se rendre soi-même digne de cet objet.

Alors peut-être serons-nous en mesure de surmonter le paradoxe, formulé par Chomsky, que nous sachions si peu de choses, tout en disposant de tant d’informations.

Peut-être pourrons-nous, enfin, répondre à l’injonction du Code d’Hammurabi, c’est-à-dire « accompagner le règne des justes sur la terre, afin que le fort jamais ne brutalise le faible ».

Peut-être pourrons-nous surmonter nos peurs dans le calme, sans colère et sans impétuosité, ce qui caractérise, au fond, le véritable courage.

Le courage de concrétiser, par un accord sans cesse réaffirmé, nos dispositions communes de cœur et d’esprit.

Le courage de se souvenir qu’il n’est pas de concorde possible sans confiance pour l’avenir.

Le scepticisme, qui est le refus de tout dogme, ne doit jamais être confondu avec le pessimisme.

La Pythie dort les yeux ouverts, et c’est à la tombée de la nuit que la chouette de Minerve prend son envol.

Le temps est venu.

Edouard Habrant