Editorial

sgmjanv2017

Le silence

Je marche dans la rue, il fait froid et je me hâte pour entrer chez moi, bien au chaud, dans mon appartement bien douillet.
Je détourne la tête pour ne pas voir ces malheureux allongés sur le trottoir, de préférence sur une grille de métro et emmitouflés dans des guenilles improbables. Je ne sors pas la main de ma poche pour tendre une pièce à cette autre main crevassée, salie, qui appartient pourtant à un autre moi-même et qui a faim.
D’où vient-il ce malheureux ? Sans doute d’un pays lointain ? Comment est-il là ? Quel malheur a frappé ?
Ils sont là par dizaine, par centaine, parfois entassés dans des camps indignes.
Ils ont fui la guerre ou la misère, peu importe. Ils ont traversé la mer ou la terre au péril de leur vie. Beaucoup dorment à jamais au fil de l’eau.
Et ils se retrouvent loin de leur terre, souvent mal accueillis. Quelle honte pour ce qui ressemble à une démocratie !
Et ils se retrouvent là sur nos trottoirs…
Il y a parfois des enfants avec ces fantômes et qui crient dans une autre langue.
Moi, je passe comme tout le monde ou presque, sans un regard, muré dans mon silence.

Assourdissant !

Nous le connaissons le silence nous autres francs-maçons, charitables…
C’est pesant le silence, non ? Ou angoissant ? Parfois reposant.
De quel silence s’agit-il ?
– Du silence de l’apprenti ? Silence imposé. Silence du dehors car ça bouillonne à l’intérieur.
– Du silence du lieu, celui du désert, de l’espace, d’un lieu de culte ou des profondeurs de l’océan, vous savez « le monde du silence » Le plongeur que je suis, sait à quel point c’est faux et que la réalité est bien différente.
– Du silence obligé dans les dictatures ?
– Du silence que l’on s’impose pour cacher un secret ?
– Du silence pour ne pas dénoncer, la trop fameuse délation remise au gout du jour. Mais était elle vraiment démodée ?
– Du silence de la culpabilité et de la honte ?
– Du silence du dégout et de la lassitude ?
– Du silence de l’ignorant et de celui qui n’a rien à dire ?
– Du silence du sage ?
– Du silence de celui qui en sait trop ou pas assez ?
– Ou réprobateur !
– Ou religieux, méditatif.
– Ou conscient que la communication est un art difficile et que la parole est trop humaine et ne reflète pas nos pensées et notre être profond.
Regardons la société qui nous entoure. Regardons l’espèce humaine.
Croire en l’Homme est parfois difficile.
Théorie du complot et de préférence judéo maçonnique.
Non respect de la parole donnée, du serment, de la promesse.
Partout la guerre, la violence réprimée par la violence dans une spirale infernale, la torture, la pauvreté, la maladie, la corruption et la malhonnêteté, la planète saccagée…
L’avoir et non l’être, l’apparence et l’éternelle jeunesse, mais pour quoi faire et à quel prix ?
Au nom de la religion.
Au nom de la liberté, quelle liberté ? Celle imposée ?
Au nom de l’argent, de la croissance.
Un monde de rumeur et de médias…
Un monde de communication où personne ne se parle, enfermé dans son égoïsme, sa petite bulle.
La liste est longue, trop longue.
Des banalités tout cela me direz vous ; tout le monde le sait.
Et moi qu’est ce que je fais, à part constater ?
J’ai honte !
Je fais demi-tour et je tends la main à celui qui m’attend.

Guy Lecourt 19/01/2017