Editorial

« Au bout du Chemin, la folie ? »

Ce soir je suis triste.
En effet je sors du chevet d’un ami, d’un frère gravement malade.
Peut être va t-il sombrer ?
Il n’arrive plus à se situer et la folie le guette.
Tout comme nous tous, il est sur le chemin de la lumière, mais quelle lumière ?
Et s’il n’y avait rien au bout du chemin ?
Le néant !
Des illusions, une utopie sans suite ?
A force de se poser sans cesse des questions sans réponse et qui amènent d’autres questions au prétexte de ne pas fixer une vérité. ..
Ou « c’est le chemin qui compte, pas le but »
Déstabilisant, non ?
Depuis toujours l’homme se pose la question de sa présence dans l’univers et du pourquoi de sa naissance :
– que fait-il là ?
– où va-t-il ?
– que se passe-t-il après la mort ?
C’est d’ailleurs la peur de disparaître qui l’intrigue et lui fait peur !
Et c’est cette interrogation qui détermine une quête pour connaître le sens de la vie, car même comblé, tout homme se sent imparfait et ressent l’existence d’un but à atteindre, un but pour conjuguer le verbe être au lieu du verbe avoir.
Donner un sens, une direction à la vie, refuser la souffrance, rechercher le bonheur, mais pas le bonheur terrestre vers les compensations, vers les affirmations de notre MOI, vers le succès.
La condition humaine doit trouver un équilibre, une voie du milieu, entre une venue au monde nullement désirée et programmée et une mort dont on ne connaît pas l’heure. Comment aborder cette problématique ?
Toutes les méthodes, toutes les voies sont humaines et donc loin de la perfection. Il n’y en a pas de bonnes ou de mauvaises, il y a une méthode ou un mélange de méthodes qui convient à une personnalité, parfois pour une vie, parfois pour un moment donné au fur et à mesure de notre chemin.
Seule compte la recherche de notre voie et c’est cela qui nous élève car, contrairement à une religion pour aller dans je ne sais quel paradis ou enfer dans une vie future, c’est pour ici et maintenant.
Voilà notre chemin semble tracé, mais ce n’est pas un long fleuve tranquille.
Que d’obstacles, que de doutes, que d’échecs, que d’ennemis qui nous guettent pour nous anéantir. Tout d’abord l’égo ce compagnon de route, et ensuite notre illusion d’agir avec le libre arbitre ? Mais quel libre arbitre ? Ne sommes nous pas prisonniers, façonnés par notre environnement ?
Et puis, recommander une méthode, c’est offrir à l’homme une voie ascendante, une voie où il pourrait progresser, s’améliorer chaque jour, avancer petit à petit vers la lumière avec le courage et la persévérance nécessaire. Mais il se peut que la vrai voie soit descendante jusqu’au moment où l’homme touche le fond, le fond de son désespoir : Il faut avoir utilisé toutes les tentatives, toutes les voies qui aboutissent à une impasse avant de pouvoir, enfin, se réaliser. Mais que de persévérance, que de désillusions qui ébranlent notre équilibre psychique.
L’état intérieur, durant ces moments, est fait d’une humiliation complète avec une vision de soi-même comme n’étant rien.
Et c’est là que les choses se compliquent et que le tremblement de terre a lieu. Tout se déstabilise entrainant nos certitudes vers la folie. Ne sommes nous pas des funambules en équilibre instable sur le fil de la vie ?
Et me direz vous comment va ton ami ? Est il toujours de ce monde ?
Oui, il a quitté ce sentier qui mène à l’impasse. Il a rebroussé chemin et repris une autre route. En fait, la voie qui mène à la lumière n’est pas seulement tortueuse, bordée des difficultés rencontrées et que l’on jette sur le côté. C’est un arbre avec un tronc central, des racines qui représentent les différentes approches et des branches qui ne mènent nul part.
Il va bien, mais ce doute, ces doutes dont on sort grandi et qui permettent d’avancer, laissent parfois des séquelles qui frisent la folie.
Il faut mettre de l’ordre dans le chaos de ses idées, de ses peurs.
Et ce travail, encore des questions, il y a de quoi devenir fou, non ?
Mais après tout, même si nous ne parvenons pas à nous approcher du but ou nous fondre dans l’univers, l’essentiel est de réussir cette vie d’Homme.

Guy Lecourt