Editorial

«  La rentrée »

Nous sommes au mois de septembre, les jours commencent à raccourcir. Il fait encore beau mais le soleil a perdu son éclat, les vacances ne sont plus qu’un souvenir, plus ou moins lointain, plus ou moins agréable.
Le monde du travail a repris la route de l’usine, du bureau ou des champs, et s’est replongé dans les éternels bouchons et bousculades des métros et autres moyens de transports au confort aléatoire.
Les autres continuent leur quête d’un emploi et appréhendent un avenir incertain.
Les enfants se dirigent vers l’école, armés de cartable, cahiers et crayons neufs. Les étudiants profitent des quelques jours qui restent…
Mais quel est le visage de l’école en ces temps modernes ?
Remplit-elle toujours sa mission malgré le travail remarquable et souvent très difficile des enseignants ?
Et les parents ? Souvent débordés dans le tourbillon de cette vie toujours plus rapide, toujours plus violente. Et qui nous engloutit si nous n’y prenons garde.
20 heures, je marche dans le hall d’embarquement de Roissy à la recherche d’un stylo ou d’un crayon pour prendre quelques notes ; le mien ne fonctionne plus.
Impossible, tout est devenu virtuel, nous sommes dans le royaume du numérique, de l’écran et du clavier, souvent virtuel lui aussi !
Enfin un employé de l’aéroport lève la tête de son ordinateur et me prête l’objet rare, bien rangé dans sa poche.
Serions nous dans un monde du rêve dans lequel tout n’est qu’apparence, sans consistance ?
L’homme au service de la machine qu’il a créée.
Une machine intelligente mais froide, sans état d’âme, à la solde du rentable. A quoi bon la culture ? Place à l’utile du moment, à l’immédiateté.
Pourquoi écrire, lire et réfléchir. C’est inutile et parfois même dangereux car cela peut donner des idées de changement.
Communiquer, mais dans un langage simple et simpliste. Adieu les belles phrases, les belles tournures, la grammaire, l’orthographe.
Il suffit de se servir de son ordinateur ou de son téléphone pour envoyer des messages. Il y a des correcteurs d’orthographe mais parlons en phonétique, en abrégé, en initiale.
Pourquoi des livres en papier, il y a des tablettes.
Pourquoi des archives, il y a des clés USB.
Mais quelle trace allons-nous laisser dans l’Histoire si notre monde n’est qu’un rêve.
Ou un cauchemar.
Un monde sans culture, un langage simple, voir simpliste. Une langue, une pensée unique, rappelons nous de la tour de Babel.
J’attends mon avion et pour passer le temps j’ouvre un journal encore en papier « …les derniers rebondissements laissent craindre que la malédiction se poursuit…. »
Et en gros titre. Les fautes de grammaire s’insinuent dans notre quotidien.
Le journaliste serait-il comme un professeur de ma connaissance. Dyslexique.

Guy Lecourt