Editorial

EdouardHabrant1015« Je te construirai une jolie maison en planches
Comme celle de maman Pauline et papa Roger
Un château c’est trop grand
J’ai peur que nos rêves se perdent dedans »

Alain Mabanckou

La veille de l’attentat de Nice, Madame Eleanor Sharpston, avocat général de la Cour de justice de l’Union européenne (CJUE), a formulé un avis très attendu dans le cadre d’un renvoi préjudiciel émanant de la Cour de cassation à propos de l’interprétation de la directive du 27 novembre 2000 sur les discriminations d’emploi et de travail.

La question posée à l’une des instances régulatrices du droit de l’Union Européenne, dont la position s’impose aux juridictions nationales, porte sur le point de savoir si le licenciement, par une entreprise relevant du secteur privé, d’une salariée refusant de retirer son foulard lors de ses contacts avec la clientèle constitue une discrimination directe fondée sur la religion ou les convictions.

En répondant par l’affirmative à cette interrogation, Madame Sharpston, dont l’avis pourrait être suivi par la CJUE, contredit la position exprimée quelques semaines plus tôt par sa collègue Juliane Kokott, qui avait énoncé – à propos d’une affaire belge – qu’une telle discrimination pouvait se justifier afin de mettre en œuvre une « politique légitime de neutralité fixée par l’employeur ».

Dans un contexte où les salariés revendiquent davantage leur appartenance religieuse dans la sphère professionnelle, les décisions à venir de la Cour de Justice pourraient encore mettre davantage à l’épreuve la vision française de la laïcité qui revient à dire, au fond, que la religion n’engage que ceux qui croient.

Mieux, la laïcité « française » est l’une des plus belles expressions du triptyque républicain, dont elle projette la portée en pleine lumière : liberté de conscience, stricte égalité des droits et soumission de la puissance publique à l’intérêt général.

La défense de la laïcité ne saurait être exclusive ou stigmatisante, car elle inclut nécessairement la dimension humaniste et fraternelle, celle qui voit en chaque être humain le porteur et le dépositaire de notre commune humanité, de notre commune citoyenneté.

Car aspirer à la sagesse, c’est viser tout à la fois le vrai et le juste.

Face aux remous et crispations de notre société, qui menacent de tout emporter, notre conscience est régulièrement ballottée entre espoir et souvenir.

Notre conscience est condamnée à osciller sans cesse, car elle est habitée de mémoire, tout en tendant vers l’avenir.

Nous sommes ainsi invités à résister dans un même effort à la guerre, aux passions dévastatrices et aux pouvoirs qui abaissent l’humain, tout en encourageant ce qui l’élève et le grandit.

Invités à observer la beauté des choses.

Invités à déceler qu’un paysage quelconque renferme des joies imprévisibles.

De partout, l’on peut voir le ciel étoilé.

Edouard HABRANT