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Edito de mai 2020

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« Minuit, je dormais, au fond de moi veillait
Le cœur plein d’amour, comme si c’était le jour ;
Parut le jour, c’était la nuit pour moi,
Que m’est le jour, tant qu’il puisse apporter.

Elle n’était pas là ; mon labeur incessant
Pour elle seule je le soutins parmi l’ardeur
De l’heure brûlante, quelle vie renouvelée
Dans la froideur du soir ! Ce fut fécond, et bon.

Le soleil se coucha ; main dans la main l’un à l’autre engagés,
Nous saluâmes son dernier regard, bénédiction dernière,
Et les yeux dirent, clairement dirigés dans les yeux :
De l’orient, espère, espère, il reviendra.

Minuit ! L’éclat des étoiles conduit
En un doux rêve au seuil où elle repose.
Ô qu’il me soit donné de reposer moi aussi en ce lieu.
Quelle que soit la vie, vivre est bon.”

Goethe, « Der Braütigam » (trad. fr. Anna Griève)

Alors que le confinement planétaire a instauré de nouvelles frontières dont les bornes sont parfois difficilement saisissables, la journée internationale des travailleurs célébrée ce vendredi 1er mai 2020 peut nous donner matière à penser et à agir.

De même qu’un problème global appelle nécessairement une réponse globale, la conscience de notre précarité doit logiquement entraîner la conscience de notre universalité.

En cette séquence où les gouvernements et les politiques sont investis de pouvoirs et de responsabilités considérables, les Etats et la communauté internationale sont confrontés à l’immense défi de mettre en place une coopération et un partage des informations scientifiques, lesquels demeurent le meilleur moyen d’endiguer l’épidémie.

Les compétitions qui ont pu être observées entre certains Etats pour se procurer des masques et les difficultés rencontrées par le Conseil de Sécurité des Nations Unies afin de tenter de parvenir à un semblant de position commune, sur fond de repli des Etats-Unis, ne laissent pas d’inquiéter.

A l’évidence, s’interroger sur le sort réservé à l’ordre multilatéral issu de la seconde guerre mondiale, c’est déjà y répondre pour une grande partie.

Pourtant, en matière d’épidémie comme dans d’autres domaines, tels que les ruptures technologiques, les changements climatiques ou le spectre toujours présent des guerres nucléaires, la planète et l’humanité doivent être pensées comme un tout, ce qui est impossible à l’échelon national ou même régional.

Mettre à distance nos habitudes de pensée, s’extraire de l’urgence, pour une réflexion plus globale, relèvent – parmi d’autres outils – de la méthode maçonnique, qui nous enseigne que faire du lien, c’est le plus souvent faire du sens.

Composée de femmes et d’hommes partageant les expériences et les informations de nombreux pays et continents, la franc-maçonnerie porte en son sein un idéal universel et de coopération internationale, voire supranationale, afin de dépasser les vieilles relations paternalistes souvent induites par le bilatéralisme entre Etats.

Penser la promiscuité, mais aussi l’écosystème, les interactions entre l’environnement, la santé humaine et la santé animale, penser le rôle de l’intelligence artificielle dans la recherche et dans les soins, contribuer à restaurer la confiance envers les politiques, les scientifiques et les médias sont autant de défis qui se présentent à notre Ordre afin d’être l’un des acteurs d’un projet dont les outils peuvent être les grandes organisations internationales.

Sur le plan individuel comme sur le plan collectif, le confinement soulève la question de notre place, tout en nous rappelant qu’il n’y a pas de société sans échanges et que se séparer des autres, c’est aussi – peu ou prou – renoncer à aller à la rencontre de soi-même.

Or, cette recherche n’a pas de frontière, ni de limite.

Les difficultés ne doivent pas nous empêcher de nous mettre en ordre, et l’incertitude de l’avenir ne s’oppose pas à une approche déterminée et volontaire.

« Il y a assez à faire, et la vie est courte » (Alain).