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Lettre d'information de la GLMF - N°18

Un retour inquiétant

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Il n’est pas d’usage, en Maçonnerie, d’introduire des débats politiques, susceptibles de diviser encore plus ce qui est épars. Ce ne sera donc pas le cas ici. Toutefois, pour prendre un peu de hauteur sur certains évènements troublants de notre époque, il faudrait peut-être jeter un regard historique – et non politique – sur la réémergence, le retour même, d’une certaine extrême-droite en France.

Un premier trait : ce courant, sous diverses variantes, est apparu dans plusieurs pays européens, voire aux USA. Rien donc de très particulier. Pourquoi donc s’étonner de ce que M. Zemmour, Mme Le Pen occupent le devant de la scène médiatique, à quelques encablures des élections majeures, les présidentielles ? Un coup d’œil attentif en arrière permet, il est vrai, de prendre en compte la droite extrême, non « républicaine », depuis le XIXe siècle, ou plutôt depuis la Révolution de 1789. Ce courant a existé et bien existé, avec ses grandes figures, ses variantes, mais il a existé longtemps. Outre le boulangisme, on se souviendra que le royalisme a tenu le devant de la scène historique, derrière Charles Maurras, Léon Daudet et tant d’autres grandes figures intellectuelles et catholiques. Et pour cause : l ‘Action Française était au début du XXe Siècle le fer de lance de l’anti-Républicanisme. Se souviendra-t-on de l’âpre bataille contre Dreyfus menée par ces courants idéologiques ? Se souviendra-t-on que le combat de Zola, de ses amis, des intellectuels, pour la Vérité, pour Dreyfus, sa réhabilitation, était, d’abord, un combat pour la République ? Cette République, 3ème du nom qui dut ferrailler, dès sa naissance, contre les deux courants conservateurs qu’étaient le royalisme et le bonapartisme ; et ce n’était pas une sinécure !

Puisque nous tenons fermement à la République, au point d’en faire l’un de nos serments en Loge, autant se souvenir qu’il n’y avait aucune évidence à la survie de ce système politique. Ce courant ancien, l’extrême-droite, eut plusieurs fois l’occasion de se manifester en France, avant la guerre. Les étudiants tenaient le Quartier Latin, à Paris, à coups de gourdin, certes, mais le 6 février 1934, plusieurs agitateurs d’extrême-droite, forts des victoires politiques des fascistes en Italie, puis des nazis en Allemagne, cherchèrent à renverser la République et à prendre le pouvoir par la rue : ces gens sont des putschistes. Inégalitarisme, racisme, antisémitisme, conservatisme, voilà les ingrédients de l’extrême-droite avant guerre. C’était raté en février 1934, et même cela donna un vrai souffle démocratique aux mouvements ouvriers populaires, et bien sûr au Front populaire. En face de la République, il y avait toujours les Ligues factieuses. Lors de la défaite de 1940, l’occupant nazi leur ouvrit la porte du pouvoir, provoquant cette « divine surprise » selon Maurras. Dans les wagons de l’occupant, à Paris, à Vichy, il y avait les extrêmes-droites. Ils crurent abolir la République, elle revint, dans la Résistance, dans la France Libre. Mais ce courant politique ancien, l’extrême-droite, avait pactisé – ô combien – avec l’ennemi. Il fut donc brisé à la Libération.

Attention cependant, il y avait beaucoup de gens issus de l’extrême-droite dans la Résistance : des royalistes, comme Claude Roy ou Daniel Cordier, voire d’anciens fascistes, tous convertis à la République, que, pour cause, ils avaient défendue.
La cause algérienne leur permit de revenir à la charge : avec la défense de l’Algérie française, ils crurent pouvoir sonner la charge contre la République : soulèvement militaire avec le Putsch d’Alger, tentative d’assassinat contre de Gaulle à plusieurs reprises. Ici encore, ils furent battus, politiquement et militairement sans avoir réussi leur retour. Et c’est bien là la double raison de leur effacement, un temps : intelligence avec l’ennemi, soulèvement contre la République.

La tâche historique de Jean-Marie Le Pen a été, avec méthode, de rassembler, puis de hisser l’extrême-droite jadis moribonde, à nouveau vers les sommets, en France. Peut-on dire qu’il a échoué ? Certes pas. Mais pourquoi donc s’étonner aujourd’hui de la présence de cette extrême-droite ? Avec Marine Le Pen, avec Eric Zemmour, l’extrême-droite putschiste, raciste, revient au premier rang. Son ennemi est toujours la République, qu’elle continue à haïr. Aucun de nous, ici, ne saurait oublier que cette haine persiste à être dirigée contre la République. Et que nous sommes ses ennemis désignés.

Par chance, entre temps, avec l’Affaire Dreyfus, le Front Populaire, la Résistance et la Libération, puis la victoire des Républicains contre l’insurrection algérienne, la République s ‘est confortée et affermie. Les Républicains et les Francs-Maçons sont aujourd’hui à même d’affronter leurs adversaires d’extrême-droite qui les détestent. Tout approfondissement démocratique et républicain consolide notre République. Prudence, donc, et, une fois encore : « Vive la République. »

 

Pierre Yana

Alfred Dreyfus

Le débat de l’émission Pierres de touche #45 avait pour thème “Extrême droite : quels enjeux pour la République ? “.

 

Les invités étaient :

 

Sylvain CREPON, maître de conférences en science politique à l’université de Tours, membre de l’Observatoire des radicalités de la Fondation Jean Jaurès, auteur des Faux-semblants du Front National avec Alexandre Dézé et Nonna Mayer.

Brahim HAMMOUCHE, psychiatre, député Modem de la Moselle.

Sarah PROUST, adjointe à la prévention à la mairie du XVIIIème arrondissement de Paris, secrétaire national du PS, militante associative contre le FN et auteur de Front National : un hussard brun contre la République et Apprendre de ses erreurs, la gauche face au FN (préfacé par Sylvain Crépon)

Pour écouter l’émission Pierres de touche #45 , https://deltaradio.fr/2021/04/pierres-de-touche-45-extreme-droite-dimanche-4-avril-2021-podcast/

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