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Edito de juin 2021

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« On remarquera d’abord que le mouvement de révolte n’est Pas dans son essence un mouvement d’égoïsme. Car on se révolte aussi bien contre le bonheur, le poids de la gloire, l’excès des biens, etc., etc… On se révolte aussi contre soi-même et ce mouvement où l’homme se dresse contre l’homme lui-même, et qui demanderait une étude précise et étendue, montre au moins le caractère profondément désintéressé de toute révolte. Remarquons ensuite que la révolte ne naît pas seulement et forcément chez l’opprimé, mais qu’elle peut ’naître aussi au spectacle de l’oppression. Il y a dans ce cas identification à l’autre individu. Il ne s’agit pas d’identification psychologique, subterfuge par lequel l’individu sentirait en imagination que c’est à lui que l’offense s’adresse (car il arrive au contraire qu’on ne supporte pas de voir infligées à d’autres des offenses que nous-mêmes avons subies sans révolte). Il y a seulement identification de destinées et prise de parti. L’individu n’est donc pas à lui seul cette valeur qu’il veut défendre. Il faut tous les hommes pour la composer. C’est dans la révolte que l’homme se dépasse dans autrui, et, de ce point de vue, la solidarité humaine est métaphysique. »

 

Albert Camus : « Qu’est-ce qu’un homme révolté ? »

 

Il y a plus de quarante ans, Jacques Ellul écrivait « la parole humiliée », fustigeant les excès des discours modernes, la logorrhée médiatique et le triomphe de l’image sur la parole.

Dans des moments où les tensions sociales, géopolitiques et identitaires sont particulièrement marquées, les espaces de communication dans un cadre serein, sous-tendu par la liberté et le respect d’autrui, semblent s’atrophier.

Le modèle médiatique dominant se nourrit chaque jour davantage de polémiques, alimentant un climat d’indignation systématique et favorisant les surenchères de tous ordres.

Est-il encore possible d’éviter que l’injure, l’ironie ou les simples tentatives de disqualification par des attaques « ad hominem » ne terminent les raisonnements ?

Est-il encore envisageable de quitter l’univers binaire de la majorité des réseaux sociaux, univers restreint à l’approbation ou à la désapprobation, et chercher au contraire à valoriser la nuance, la mise à distance, voire l’ambiguïté de toute forme de pensée ?

Toute idée finie est une idée morte et l’humanité manquera partout où les chemins de pensée manqueront.

En ce premier jour de l’été, gardons à l’esprit que la lumière de midi projette aussi certaines ombres et soyons assurés que, malgré les cris des passions, il demeure possible de concilier l’ensemble des idéaux de la République :

  • l’universalisme, c’est-à-dire l’idée que les droits et libertés sont attachés au citoyen et ne résultent pas de l’appartenance à une communauté ;
  • la justice, en particulier le combat contre toutes les formes de discriminations ;
  • la fraternité, qui est le refus du fatalisme, notamment biologique ;
  • la liberté, car selon les mots de Camus « même si la justice n’est pas réalisée, la liberté préserve le pouvoir de protestation contre l’injustice et sauve la communication».

Dans des sociétés qui discréditent l’utopie et l’idéal, les rêves doivent – plus que jamais – reprendre toute leur place et inscrire leur puissance dans le monde.

Ne laissons pas le monde se refermer sur nous.

*

L’étoile, c’est toi.

 

 

Edouard Habrant