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Edito de septembre 2021

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Grands Maîtres et dignitaires qui représentez les obédiences amies,
Dignitaires qui représentez les juridictions,
Mes Très chers Frères Passés Grand Maîtres,
Vénérables Maîtres,
Vénérables Maîtres visiteurs,
Mes très chers sœurs et frères,

Les responsabilités que vous m’avez confiées me remplissent d’un sentiment de reconnaissance et d’humilité, d’une envie et d’une volonté de contribuer à franchir avec vous une nouvelle étape de l’évolution de notre obédience.

Chacun des Grands Maîtres qui m’ont précédée ont marqué notre histoire, je profite de cette occasion unique de les remercier et tout particulièrement celui qui siège à mes côtés, notre frère Edouard.

Avec une bienveillance et une volonté sans faille, il a porté la parole de la GLMF à l’intérieur et à l’extérieur. Il a œuvré sans relâche, dans une période marquée par les confinements, les restrictions de nos possibilités de rencontre, il a réussi à maintenir le lien entre nos loges. Il a porté une politique de communication qui a rayonné jusque sur les bancs de l’Assemblée Nationale. La revue Sisyphe, l’émission Pierre de Touche, la newsletter, la chaîne YouTube sont autant de témoignages concrets de son action. Il a allumé de nombreux ateliers et a parcouru la France sur l’ensemble de son territoire, organisé de nombreuses conférences, TBO ET TBF. Il a travaillé en bonne intelligence et en fraternité avec les autres obédiences françaises et contribué ainsi à renforcer notre Ordre et porter une parole commune.

Un Grand Maître n’est rien sans un Conseil de l’Ordre qui le soutient, merci à celles et ceux qui ont porté avec lui ces actions, le bilan de ces trois dernières années est le leur. La GLMF a grandi, elle a surmonté de nouvelles épreuves, elle a appris comme chacun d’entre nous. Les organisations sont des organismes vivants, mouvants, elle portent les émotions des êtres humains qui les constituent et comme eux, elles s’adaptent à un environnement toujours changeant, l’impermanence est notre nature.

Nos loges constituent la colonne vertébrale de notre obédience, et c’est vous, Vénérables Maîtres qui constituez d’une certaine manière « le cœur du réacteur ». C’est au sein de nos loges que se vit la franc-maçonnerie, c’est là que s’épanouit l’initiation, processus qui dure toute une vie. Je crois en l’intelligence collective, en la collaboration, en la fraternité active.

Un des défis auxquels nous sommes confrontés est celui de vivre nos traditions non pas comme si elles étaient statufiées mais en leur donnant vie, en les utilisant comme moteurs de nos actions dans le monde d’aujourd’hui. L’éthique qui a inspiré nos maîtres du passé est restée la même, elle s’applique aux sensibilités et aux réalités d’aujourd’hui. Elles ( nos traditions) inspirent les combats que nous menons en faveur de l’égalité réelle entre hommes femmes, contre le racisme et les discriminations, contre toutes forme d’injustice, contre toutes formes de radicalisation, de replis sur soi, de rejet et de refus de l’altérité.

Il nous appartient de faire entendre la singularité de notre voix, qui est riche de la pluralité de ce qui nous compose :
En premier lieu je me dois de citer la mixité, au cœur de notre ADN, et plus précisément la parité, nos effectifs se composent à 48% de frères et à 52% de sœurs. C’est la parité qui nous permet de partager en toute égalité les charges et les devoirs dans chacune de nos loges et au sein du Conseil de l’Ordre.
Nous rassemblons croyants et non croyants, pratiquants ou non de toutes confessions, nous pratiquons de nombreux rites de traditions différentes, nous sommes ouverts aux femmes et aux hommes de bonne volonté d’où qu’ils viennent.
L’élite que nous voulons rassembler est celle de l’intelligence du cœur, de ceux qui acceptent de se remettre en question, de se confronter à la différence, au doute. Il nous importe de donner du sens à nos actions, de répondre au besoin qu’éprouve chacun de nous de s’abreuver à une source de vie, de joie.

C’est l’initiation qui fait le maçon et rien d’autre , ni les titres, ni les diplômes, ni la carrière.
L’initiation que nous voulons pratiquer invite à s’ouvrir à l’autre, à l’altérité, elle invite à quitter la pensée automatique, à s’ouvrir au doute et à la pensée complexe, elle invite à l’émancipation.
Comme le disait si bien René Char : « Enfonce-toi dans l’inconnu qui creuse. Oblige-toi à tournoyer ». Il s’agit pour moi de la plus belle définition du processus d’initiation.

N’échanger qu’avec ceux qui partagent notre avis, c’est comme parler à son miroir, cela ne présente que peu d’intérêt.

Notre identité est plurielle, elle s’enrichit de toutes nos différences. Dans le paysage maçonnique français, si riche de son histoire, de ses traditions, nous voulons simplement être « nous », apprendre de tous et apporter notre pierre à l’édifice.

Notre franc-maçonnerie est une œuvre, une praxis, nous devons travailler à changer le monde, à rassembler ce qui est épars en accueillant la diversité, en vivant nos valeurs, notre éthique. Une éthique qui n’est que paroles et verbiage est stérile, nous voulons , nous devons, faire bouger les lignes !

Mes frères, mes sœurs,

Je nous invite à relever trois défis,
– Celui de la lucidité,
– Celui de l’optimisme et de l’action
– Celui de réaliser une œuvre commune

Commençons par celui de la lucidité :

La lucidité consiste à voir les choses telles qu’elles sont, à les débarrasser de notre imaginaire, de nos fantasmes, de nos projections . Elle est indispensable pour comprendre et agir sur notre temps.
Ceux qui me connaissent se doutent que je ne pourrai pas résister à la tentation de citer le philosophe italien Giorgio Agamben, voilà qui est fait :

« Seul peut se dire contemporain celui qui ne se laisse pas aveugler par les lumières du siècle et parvient à saisir en elles la part de l’ombre, leur sombre intimité. … Le contemporain est celui qui perçoit l’obscurité de son temps comme une affaire qui le regarde et n’a de cesse de l’interpeller, quelque chose qui, plus que toute lumière, est directement et singulièrement tourné vers lui. Contemporain est celui qui reçoit en plein visage le faisceau de ténèbres qui provient de son temps.
… il est celui qui ne coïncide pas parfaitement avec lui ni n’adhère à ses prétentions, et se définit, en ce sens, comme inactuel ; mais précisément pour cette raison, précisément par cet écart et cet anachronisme, il est plus apte que les autres à percevoir et à saisir son temps »1.

Ne s’agit-il pas là de la posture du franc-maçon ? ne pas coïncider avec notre temps mais en percevoir l’ombre et la lumière et agir en conséquence ? En ces temps troublés (mais ne l’ont-ils pas toujours été ?) n’est-ce pas là notre rôle ?

Second défi à relever : celui de l’optimisme et de l’action

Mes frères et sœurs,

Au lieu de nous lamenter sur les difficultés des temps présents, je nous invite à prendre au sérieux notre mission d’émancipation, travaillons au progrès de l’humanité.
A la fin de chacune de nos tenues nous sommes invités à porter la lumière qui a éclairé nos travaux au dehors afin d’achever l’œuvre commencée dans le temple.

Puisque nos yeux se sont ouverts, ne gaspillons pas notre temps si précieux, soyons optimistes et allons de l’avant.

Ne nous laissons pas aveugler par les ombres qui nous entourent, nous cherchons la lumière. Chacun d’entre nous sait qu’elle est accessible et comme la meilleure manière de rater est de ne pas essayer, essayons mes sœurs et frères, portons la lumière qui nous éclaire, partageons la généreusement.

La franc-maçonnerie, on ne le répétera jamais assez est une praxis,
La recherche du bonheur est indissociable de l’action, il faut agir pour notre propre bonheur et pour celui de la société dans laquelle nous évoluons.

Réalisons une œuvre commune

Mes frères, mes sœurs,

Je nous invite à « ré-enchanter» le monde.

Et si c’est là que se situait notre grande œuvre commune : ré-enchanter le monde en retrouvant le désir d’être heureux, en ouvrant les portes de la possibilité d’un monde qui accorde plus d’importance au mieux qu’au plus ?
Je nous invite à ré-enchanter nos vies, nos ateliers, nos familles, nos cercles d’amis, nos lieux de travail, nos villes, notre société.

Nous sommes ballotés de crises en crises, ce que le philosophe allemand Peter Sloterdijk appelle « la chute continue ». Nous sommes menacés par la montée des populismes, la crise climatique, la crise des réfugiés, des institutions démocratiques, les rumeurs et la désinformation, la radicalisation (qui ne se limite pas à certains groupes religieux et politiques). Nous sommes confrontés aux défis que représente l’intelligence artificielle, aux questions de bioéthique, de sécurité, de cohésion sociale et j’en passe … cela fait beaucoup !

Que pouvons-nous faire, nous francs-maçons, dans l’intimité de nos loges ?

Chacune de nos tenues se clos par une invitation à porter la lumière qui a éclairé nos travaux au dehors afin d’y achever l’œuvre commencée dans le Temple.
L’œuvre a été commencée dans le temple, il nous revient de la poursuivre au dehors.
Ré-enchanter le monde est à portée de main, la mission commence dans nos loges, donnons du sens à nos actes et agissons en femmes et hommes émancipés, en frères et sœurs, en citoyennes et citoyens.
Notre frère, le philosophe Michel Baron nous y invite à sa manière quand il écrit :

« Loin des caricatures, plus ou moins bienveillantes, existe une autre dimension du vécu maçonnique : une recherche spirituelle dans un monde de plus en plus matérialiste, où la violence laisse peu de place aux rapports humains authentiques. Un monde désenchanté où a disparu la figure du Principe tutélaire et de sa Loi. Venir en Maçonnerie, c’est tenter de redonner sens à son destin en s’approchant ou en se ré-approchant du sacré vécu dans une optique adulte, débarrassée des scories imaginaires de l’enfance. Le Maçon ne croît plus au Père Noël, mais il croit à une transcendance qu’il peut vivre librement, au-delà d’un catéchisme qui l’enfermerait.» Michel Baron 2

A un être émancipé qui retrouve le goût d’une œuvre menant au bonheur rien n’est impossible !

Mes sœurs et frères du Conseil de l’Ordre, je vous appelle au travail et à réaliser une œuvre qui contribuera à notre épanouissement collectif et individuel.

Grands Maîtres et dignitaires qui siégez à l’Orient, je vous témoigne de notre volonté de travailler avec chacun d’entre vous afin de faire rayonner la franc-maçonnerie et que l’éthique que nous portons continue d’améliorer l’être humain et la société. Nous serons à vos côtés pour défendre la laïcité, promouvoir les lois qui émancipent les femmes et les hommes, lutter contre toute discrimination, promouvoir la liberté, l’égalité et la fraternité.

Dignitaires qui représentez nos juridictions, je vous invite à un grand travail de réflexion, de cohérence et de cohésion qui consiste à rédiger ensemble une convention commune. Respectueuse de la tradition de chacun des rites que vous représentez, elle sera porteuse des valeurs et de l’éthique que nous partageons.

Mes frères et sœurs, Vénérables Maîtres, nous sommes à votre service, à votre écoute.

En route vers de nouvelles aventures !

J’ai dit

 

Christiane VIENNE

Le 20 septembre 2021

1 Qu’est-ce que le contemporain ? Giorgio Agamben – janvier 2015

2 Michel Baron, psychanaliste, philosophe et auteur.