Entretien avec Pierre-Louis Besombes

Pierre-Louis Besombes est un écrivain dont les ouvrages s’inscrivent dans une dimension introspective, sensible, et profondément humaine.
Ses romans, souvent empreints d’une quête de soi et d’une approche initiatique, touchent un large public en raison de leur sincérité et de leur universalité.
Son parcours personnel, sa sensibilité et son cheminement initiatique nourrissent une œuvre qui invite à la réflexion et au voyage intérieur.

 
Quel a été le déclic qui vous a conduit vers l’écriture de romans à dimension intérieure et initiatique ?

Très tôt, j’ai été intéressé par ces thématiques. Enfant, je lisais tous les Jules Verne. Mais aussi de nombreux livres de science-fiction. J’ai retrouvé des textes de 7 ou 8 ans où déjà j’écrivais des contes sur ce thème. La Nuit des temps de Barjavel a été un tournant. J’ai d’abord publié des nouvelles. Puis, avec mon premier roman, je voulais écrire le livre que j’avais envie de lire. Et créer ce que je n’avais pas lu, donc ce qui n’existait pas. Même si j’avais adoré certains romans initiatiques comme l’Alchimiste de Coelho. Mais quand on lit les grands auteurs classiques comme Platon, Voltaire, Flaubert, et tant d’autres, on se dit que tout a déjà été écrit. Que notre contribution n’apportera pas grand-chose. Or c’est faux. Chacun, chacune d’entre nous a quelque chose à apporter au monde. L’écriture n’est qu’un support. Cela peut être par l’art, la musique, la danse, la peinture, la sculpture… Nous avons tous plusieurs talents. À nous de les trouver. En fait, la construction intérieure m’a toujours attiré. Car elle permet tout simplement de savoir qui nous sommes vraiment, au fond de nous. Il n’y a qu’un seul Pierre-Louis Besombes et il n’y en aura qu’un seul avant moi et après ma disparition. Sauf peut-être celui que j’ai découvert, écrivain tout comme moi, né aussi le 9 novembre mais en 1719. Mais ceci est une autre histoire. Donc il faut être attentif à notre être profond pour éveiller notre conscience et s’épanouir au maximum de nos capacités. C’est la voie initiatique.

La quête initiatique nous permet de devenir qui nous sommes vraiment et non ce que les autres voudraient ce que nous soyons. C’est en tous les cas ce que dit notre héros Spiris.

Comment votre histoire personnelle influence-t-elle le regard que vous portez sur vos personnages ?

La vie est faite de rencontres. De personnages qui vous marquent. Dans la création de personnages, on dit qu’effectivement il y a une part de nous dans nos personnages. Cela est vrai, je m’y projette sans trop me dévoiler… Car l’imagination de l’écrivain permet de créer d’autres expériences.

Si vous deviez décrire votre vie avant d’écrire votre premier roman et après, qu’est-ce qui a changé ?

Ce qui a changé. Avec mon premier livre Spiris, le Chant de la Pierre, publié en 2005, je pensais que l’écriture était un travail solitaire. Je me suis lourdement trompé. En effet, mon premier éditeur, Quintessence, m’a demandé de participer à des salons du livre et surtout d’animer des conférences. J’étais surpris. J’étais plutôt introverti et à l’époque cela a été difficile de parler en public. Maintenant j’en donne régulièrement sur l’Egypte antique ou sur les Templiers… Et je continue à écrire, car je continue à chercher, à découvrir et à prendre du plaisir.

Vos romans ont souvent une dimension émotionnelle forte. D’où vient cette sensibilité ?

Nous sommes à l’heure de l’intelligence artificielle, des machines capables de faire énormément de choses, et d’écrire des textes bien tournés, sans fautes, mais incapables de ressentir une émotion. Cela est donc très important de rester connecté à ses émotions. Car l’émotion est humaine. Elle nous définit et elle est communicative. Elle va permettre au lecteur d’adhérer aux personnages et à l’histoire.

Diriez-vous que vos histoires sont d’abord une quête personnelle que vous partagez, ou une invitation au voyage pour le lecteur ?

Par le voyage, que ce soit en Egypte, en terre sainte ou dans un monde imaginaire, une quête se met en place. Finalement peu importe le décor. Cette quête devient initiatique, car nous commençons un chemin. Initium en latin c’est démarrer le chemin. Par nos rencontres, les enseignements reçus, nous évoluons, pour changer peu à peu. Nous apercevons la montagne, puis nous la gravissons, et quand nous nous retournons, nous nous rendons compte que le paysage évolue à chaque montée. Mais le sommet est parfois le point le plus rapproché du précipice. Ce voyage intérieur nous fait progresser car il s’élève et descend à l’intérieur de nous, tel le fil à plomb, dans notre terra incognita, nous poussant à mettre à jour, à découvrir la partie la plus sublime de notre être.

Trouvez-vous que l’écriture peut être, elle aussi, une forme d’initiation ?

C’est en tous les cas, une façon pour moi d’apprendre, de creuser un sujet. Mais aussi de vivre avec les personnages. C’est également une manière de nous connecter avec quelque chose qui est plus grand que nous. Qui nous dépasse. Pour moi, le travail de l’écrivain, c’est rendre visible ce qui est invisible. Il y a plein de romans, d’histoires qui attendent encore à être écrites. Il faut juste trouver le filon et commencer à le déterrer. Pour peut-être dévider le fil à soi.

Qu’avez-vous envie de transmettre à quelqu’un qui découvre la recherche spirituelle ou la voie initiatique ?

Lorsqu’on se pose des questions qui n’ont pas réponses, sur le sens de notre vie. Des questions que se sont posées nos ancêtres. D’où venons-nous ? Qui sommes-nous ? Où allons-nous ? Alors ce voyage peut commencer. Car le plus long des voyages commence toujours avec le premier pas. L’important est de cheminer et c’est en marchant que se construit le chemin, écrivait Antonio Machado « se hace camino al andar ». Cela nous renvoie au chemin de Compostelle où de nombreux pèlerins ont mis leur pas et continuent à marcher sur ce chemin magnétique. Jusqu’à peut-être trouver une autre dimension de leur être.
Prenons l’exemple du soleil ou de la lune, qui sont des symboles bien connus dans la voie alchimique. Ils ont été vus et observés par tous les hommes et les femmes qui se sont succédé sur cette terre avant nous. Un banal reflet de la lune sur un lac ou la mer peut être un moyen de se relier à eux. C’est une vision qui nous apporte de façon inexplicable, sérénité et apaisement, qui nous détourne fugitivement des préoccupations et des soucis quotidiens, car elle remue en nous, comme venus du fond des âges, des souvenirs diffus et lointains. Une mémoire qui remonte bien plus loin que notre prime enfance, peut-être même, quelque part dans les cellules de notre cerveau reptilien, des fragments de souvenirs de l’aube de l’humanité. Ce retour à notre source, du qui sommes-nous vraiment, a été recherché par les rituels des sociétés initiatiques. Celles des premiers chamans des chasseurs-cueilleurs, des prêtres égyptiens, Kemet étant le nom antique de l’Egypte, ce limon noir du Nil qui a aussi donné Al-Kimiya, l’alchimie, avec ses trois temps, l’œuvre au noir, nigredo, l’œuvre au blanc, albedo, et l’œuvre au rouge, rubedo. Les mystères d’Eleusis en Grèce ont suivi avec aussi le mithraïsme dans l’empire romain. Quelques mithraeum sont toujours visibles en Europe. Au Moyen-âge, les Templiers s’y sont employés, mais cela leur a peut-être coûté leur fin brutale. Puis la franc-maçonnerie des lumières jusqu’à nos jours poursuit toujours cette quête. Mais aussi les soufis et les kabbalistes.

Comment voyez-vous votre rôle d’écrivain dans une société saturée d’informations mais parfois pauvre en sens ?

On voit maintenant que nous lisons de moins en moins. Surtout la jeune génération, ce qui est préoccupant pour l’avenir de notre société. Les écrans ont tout envahis. Nous passons quatre heures et demie par jour devant les écrans contre 30 minutes à la lecture en moyenne par jour. En fait, l’écran nous impose sa réalité. Nous devenons spectateurs et non acteurs. Pourtant la lecture décuple l’imagination. C’est un des derniers espaces de liberté et d’imagination. Donc de création de notre réel.
Comme je l’ai écrit, « imagine ce que tu apprendras si tu apprends à imaginer ». Et dans imagination on retrouve le mot image, anagramme de magie. La force de l’écriture et des symboles est extraordinaire.
L’arrivée de l’écriture a été fondamentale pour bâtir les grandes civilisations. Même si les Celtes avaient une civilisation orale. C’est évidemment le cas de l’Egypte antique avec l’arrivée 3300 ans avant le Christ des hiéroglyphes. En égyptien antique cela se disait Medou Netjer, soit parole divine. Par ses images et ses symboles présents dans ces hiéroglyphes, l’égyptien est parvenu à bâtir l’une des plus belles civilisations pendant plus de trois mille ans. On ne s’initie pas à l’écriture, on est initié par elle, disait un sage égyptien. Cette civilisation était basée sur la règle Maât, la déesse de l’harmonie, et a pu construire des temples extraordinaires, ces maisons de vie où étaient dispensés un enseignement initiatique. De nombreux penseurs grecs ont demandé à bénéficier de ces connaissances : Platon, Pythagore, Démocrite, Diogène, Thalès… Beaucoup de ces monuments, sont toujours debout et forcent le respect. Ils sont encore porteurs de sens pour notre société actuelle. Quand les égyptiens de l’antiquité bâtissaient des demeures d’éternité pour leurs divinités, comme les pyramides qui sont toujours là, notre civilisation recherche le profit immédiat. Nous ne vivons plus que pour l’immédiateté. Le poids des réseaux sociaux, des nouvelles applications, nous pousse à répondre tout de suite à la moindre injonction. Nous vivons sous cette nouvelle pression de la société qui n’existait pas il y a quelques années à peine. Nous prenons moins le temps de la réflexion. Alors que le cheminement du symbole nécessite une certaine lenteur. Il convient donc de se poser, de réfléchir, de s’interroger. Pour trouver notre sens, notre direction, notre mission de vie. L’illumination surgit parfois dans le silence d’une crypte, d’une cathédrale, d’un temple.

Selon vous, pourquoi les lecteurs ont-ils aujourd’hui besoin de récits initiatiques ou introspectifs ?

Nous constatons cette perte de sens dans notre société. D’où le boom de toute cette littérature de développement personnel. Mais attention à faire preuve de discernement et à ne pas se laisser emporter sur un mauvais chemin. Notre intuition est notre meilleure boussole.

Quel est votre projet littéraire actuel, et que pouvez-vous en révéler ?

Pour l’instant, je n’en ai pas. Je suis plutôt dans la promotion de mon dernier livre sur La Provence Egyptienne qui interpelle beaucoup les lecteurs avec ces vestiges égyptiens retrouvés en Provence. Tous les week-ends, je participe à des dédicaces ou des conférences depuis la sortie de septembre et cela prend du temps en plus de mon travail. Mais je sais que le temps de l’écriture reviendra. Il suffira pour cela de capter une idée filante.

Comment souhaitez-vous que votre œuvre soit perçue dans 10 ou 20 ans ?

Peut-être comme un passeur d’histoires antiques. La sagesse des anciens doit nous permettre de voir plus loin en nous. Nous pouvons choisir de s’inspirer de leur sagesse mais aussi de leur folie. A nous de choisir, car nous sommes des créateurs. Des créateurs de notre vie et de notre histoire. Afin de devenir plus grands que ce que nous sommes. Car nous sommes la somme de tous les êtres humains qui nous ont précédés sur cette terre. Que laissera notre civilisation aux générations suivantes ? Nous avons retrouvé ces tablettes de pierre il y a cinq mille ans en Egypte et à Sumer. Premières traces d’écriture. Notre civilisation a inventé les tablettes numériques. Nous pouvons légitimement nous poser cette question. Seront-elles toujours là dans cinq mille ans pour raconter notre histoire ?  Mais depuis la révolution par l’imprimerie en 1450, nous pouvons espérer qu’il y aura toujours des Gutenberg pour inventer encore d’autres supports d’écriture ou de lecture.

Quelle émotion souhaitez-vous que le lecteur ressente en refermant vos livres ?

Certains lecteurs m’ont dit, c’est un livre qui m’a guéri ou qui a donné un nouveau cap dans ma vie, notamment en parlant de « Spiris, le Chant de la Pierre ». Ou qui ouvre les consciences avec « Le Hasard a-t-il un sens ? ». Ou qui nous permet de retrouver la mémoire de cette civilisation mystérieuse et extraordinaire à propos de mes thrillers historiques sur l’Egypte. Je n’en demande pas tant. Si le lecteur referme le livre en ayant envie d’approfondir avec d’autres lectures, ou envie de s’intéresser à l’Egypte antique par exemple, alors ma mission est accomplie.

Votre écriture est-elle une manière de réparer, d’éclairer, de dénoncer, ou d’apaiser ?

Elle est en tous les cas, une façon de me trouver, de trouver des réponses à mes questions. De remonter tel un pécheur ses filets, des fragments d’un lointain enseignement, par exemple celui donné dans les temples égyptiens il y a cinq mille ans. Cette fameuse parole perdue. Beaucoup de choses ont été perdues, mais on fait des découvertes tous les jours en Egypte.

Que vous apporte personnellement la rencontre avec les lecteurs lors des salons ou conférences ?

C’est un retour direct sur le ressenti des lecteurs. Quand beaucoup reviennent d’années en années sur les salons, et deviennent des fidèles, cela fait chaud au cœur. Je me dis que je suis sur la bonne voie. Le plus difficile est de trouver une idée. L’inspiration. Cela reste mystérieux. 

Un jour que je me baladais sur la place Saint Pierre de Rome avec ma fille, je lui disais que je n’avais pas d’inspiration. Puis je suis tombé sur cet obélisque égyptien, au centre de la place, anépigraphe, c’est-à-dire sans hiéroglyphes. 

D’un coup, j’ai reçu tout mon livre, soit plus de 300 pages en un éclair. Il a vite fallu que je retourne chez moi au plus vite pour l’écrire en quelques mois, cela a donné « Akhénaton, le Pharaon Solaire ». Voilà comment peut naitre une histoire à partir d’une idée ou d’une intuition.

Merci beaucoup Pierre-Louis Besombes.
Je suis sûr que les lectrices et les lecteurs seront heureux de vous connaitre mieux au travers de cet échange. Nous en avons mis quelques-uns de vos ouvrages à la fin de ce texte.
Pour en savoir un peu plus sur le monde de Pierre-Louis Besombes et ses écrits qui touchent l’Egypte, la Provence, les Templiers, le hasard, au travers de romans initiatiques et thrillers historiques : www.plbesombes-et-le-templier.com

Et si vous souhaitez lui envoyer un message : bohemond@sfr.fr

Anthony C.
Conseiller de l’Ordre
Président délégué de la commission communication

 

Quelques ouvrages de Pierre-Louis Besombes

Romans et Thrillers historiques

• Akhénaton, le Pharaon Solaire, Nombre 7 Éditions, 2024

Romans et Thrillers historiques

• La Prophétie de Thot, Nombre7 Éditions, 2021

• Le Templier et la Sainte Lance, Éditions L’Harmattan, 2014

Spiris, trilogie Fantasy initiatique

• Spiris, le Chant de la Pierre, Éditions Le Templier, 2005

• Spiris, le Faiseur de Foudre, Éditions Le Templier, 2007

• Spiris et le Souffle Infini, Éditions Le Templier, 2009

Essais

• La Provence égyptienne, Nombre 7 Editions, 2025

• Le Hasard a-t-il un sens ? Éditions Le Templier, 2023